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Déc 16 2011

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Plongée au cœur du centre de retraitement des déchets de la Hague

Baisser la part du nucléaire, d’accord. L’abandonner, certainement pas. C’est en substance ce qu’il ressort du rapport de l’office parlementaire de l’évaluation des choix scientifiques et techniques (OPECST) sur « l’avenir de la filière nucléaire en France » publié ce 15 décembre. A une condition toutefois : que la sûreté soit assurée et même renforcée, insistent les rapporteurs.

 

Sortir du nucléaire serait « irresponsable », jugent les Parlementaires –de tous bords- de l’Office parlementaire de l’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) chargé, au lendemain de Fukushima, d’une grande mission sur la sécurité et la filière nucléaire. Dans la deuxième partie de leur rapport (voir article lié) présenté ce 15 décembre et consacré à l’avenir de l’atome en France, Claude Birraux (Président de l’OPECST), Christian Bataille (PS) et Bruno Sido (UMP) se sont livrés à un plaidoyer en faveur de l’atome, repoussant en bloc l’idée qu’il pourrait être remplacé par des énergies renouvelables. Au « vu du stade de développement actuel des énergies renouvelables » et du problème de l’intermittence qu’elles posent, l’abandon de l’énergie nucléaire aboutirait à un recours accru aux énergies fossiles, une augmentation de la dépendance énergétique, un renchérissement du prix de l’électricité, et une insuffisante couverture des besoins électriques des Français, estiment ainsi les Parlementaires. En ces temps de crise, la question de l’emploi est aussi prise à partie : « le nucléaire représente 400 000 emplois directs quand les créations d’emplois dans les énergies renouvelables restent à prouver », selon Bruno Sido.

Les CLI réveillées par Fukushima

« Les commissions locales d’information et l’association nationale des comités et des commissions locales d’information (ANCCLI) jouent un rôle déterminant dans la transparence et la bonne information du public en matière de sûreté nucléaire », affirmaient le 14 décembre les ministères de l’Ecologie et de l’Economie dans un communiqué commun. « Malgré le contexte budgétaire difficile », le gouvernement a ainsi décidé d’accorder aux CLI et à leur association une subvention d’1 million d’euro, soit une augmentation de 70%. Sera-ce suffisant? Le pourcentage est élevé, le montant, lui, est juste suffisant pour Olivier Bertrand, conseiller général EELV de l’Isère et membre de la CLI Saint-Alban : « ce sujet est traité à la légère par le gouvernement » qui reçoit 6 millions au titre des taxes sur les installations nucléaires de base, estime-t-il. Car certaines CLI, comme celles d’Areva-La Hague, ont un budget annuel de 200 000 euros environ (d’autres de 50 000). Et si les 38 CLI existantes n’ont pas toutes le même financement –associatif, collectivités territoriales, Etat-, elles sont toutes tenues par des bénévoles : 3 000 au total dont la moitié d’élus. Toutes ou presque réclament plus de moyens pour mener à bien leur tâche d’information de la population ou de commande d’études indépendantes. Avec d’autant plus de force que l’accident de Fukushima les a re-dynamisées (voir article lié) et renforcées dans leur rôle de « poil à gratter ».  « Les CLI favorisent une présence et une montée en compétence de la société civile sur la question du nucléaire. Elles sont un élément indispensable de notre sécurité mais elles doivent pour cela disposer de moyens et notamment financiers », a ainsi insisté le président de l’ANCCLI, Jean-Claude Delalonde, lors de la 23ème conférence annuelle des CLI, le jour même de l’annonce gouvernementale.

« L’énergie nucléaire (…) doit conserver son rôle de pilier du bouquet électrique français », écrivent-ils ainsi. Pour autant,  « l’exemple japonais » de Fukushima a montré « le risque de s’en remettre pour une part trop importante » au nucléaire, et « invite à ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier », poursuivent-il avant de proposer un scénario « raisonné » où la part du nucléaire baisserait progressivement de 75 à 50 ou 60% en 2050 et à 30% en 2100, grâce notamment au remplacement d’un réacteur sur 2 en fin de vie par ceux de 3ème génération (EPR). Selon ce scénario, en 2036, le nucléaire ne compterait plus que pour les deux tiers de la production actuelle d’électricité.  « A la fin du siècle, ce parc réduit serait alors constitué majoritairement de réacteurs « rapides » (4ème génération, ndlr) qui serviraient de socle pour tout le système de production d’électricité, notamment pour alimenter les dispositifs de stockage d’énergie qui permettront l’exploitation sans intermittence des énergies renouvelables » et le retraitement des combustibles usés procureraient alors à La France « une continuité équivalent à celle que procure à l’Allemagne ses 350 ans de réserve de lignite (charbon, ndlr) »

Evidemment, après Fukushima, la question de la sûreté reste primordiale répètent en boucle les Parlementaires. « La sûreté n’a pas de prix », affirme ainsi Christian Bataille, « la sûreté n’est pas négociable », renchérit Bruno Sido, suivi d’un il faut « respecter 3 principes : la sûreté, la sûreté, la sûreté », de la part de Claude Birraux.

Mais il faudra faire de réels progrès. Car des évènements récents ont permis de pointer des défaillances dans la filière. Ainsi, le 5 décembre, en réussissant à pénétrer dans deux centrales (Nogent-sur-Seine et Cruas) en cisaillant simplement le grillage de protection, les militants de Greenpeace ont montré la vulnérabilité des ces installations aux agressions extérieures. Cette opération a prise « très au sérieux »  et « il faudra en tirer toutes les conséquences », a ainsi commenté Claude Birraux. « Il est vrai que cela fait complètement désordre », a pour sa part reconnu Bruno Sido tout en avançant que le renforcement de la sécurité devrait avoir des répercutions sur le prix de l’électricité. L’avertissement de l’ONG a sans doute été d’autant plus compris des Parlementaires qu’eux-mêmes ont pu se rendre compte sur place de certains problèmes de gestion de crise. Quelques jours seulement avant l’action de Greenpeace, Bruno Sido et Claude Birraux avaient en effet accompagné l’Autorité de sûreté du nucléaire dans ses visites inopinées de la centrale du Blayais et celle de Paluel. Si la première avait donné satisfaction sur les procédures mises en œuvre en cas d’inondation (cas qu’elle avait réellement vécu lors de la tempête de décembre 1999), celle de Paluel avait tourné au « burlesque », selon les propres mots de Claude Birraux. Clé en commande, erreurs dans le guide technique… tout au long de l’exercice, dont le scénario de   perte d’alimentation électrique du système de refroidissement et du diésel a été qualifié de « procédure exotique »  par EDF « les difficultés se sont enchaînées ». Problématique quand l’on nous répète depuis Fukushima qu’ « il faut se préparer à l’inimaginable »… « le personnel a su se poser de bonnes questions et a finalement réussi à réalimenter la centrale », défend Claude Birraux tout en reconnaissant que si «  la sûreté du site n’est pas remise en cause, mais des améliorations sont indispensables pour être plus efficace en situation d’urgence ».

Parallèlement à cela, les Parlementaires demandent également au Gouvernement d’éclaircir ses positions. Si celui-ci a toujours clamé sa foi en un nucléaire sûr, il n’a toujours pas donné suite aux recommandations formulées en juin par l’OPECST sur l’encadrement de la sous-traitance en cascade dont les députés pointaient justement du doigt les conséquences possibles sur la sûreté des installations et ce, malgré une lettre de rappel envoyée au Premier ministre le 27 septembre dernier. Quant à la position gouvernementale sur la fermeture de la centrale de Fessenheim, elle reste aussi à clarifier. Alors que le Président de la République s’est plusieurs fois prononcé contre la fermeture de centrale, la ministre de l’Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet s’est montrée moins intransigeante sur France Info en déclarant que « la fermeture n’est pas exclue, elle n’est pas non plus à ce stade annoncée ».

Béatrice Héraud

Source : http://www.novethic.fr/novethic/ecologie,energies,nucleaire,des_parlementaires_secours_filiere_nucleaire,136221.jsp?utm_source=newsletter&utm_medium=Email&utm_content=novethicInfo&newsletter=ok

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