Archives de l’étiquette : 1 an après Fukushima

Mar 08 2012

La série “Récits de Fukushima”

« Crêperie Bretonne », c’est écrit sur la devanture de ce petit établissement à Sasazuka, un quartier de Tokyo calme et résidentiel.

Récits de FukushimaDavid est Breton. Avec sa femme Eiko, cela fait 5 ans qu’ils travaillent dur pour développer leur affaire. Et ça commençait à bien marcher. Mais ils ont pris une décision très lourde : partir du Japon.

Leur fille Yuna a quatre ans. Eiko et David ne veulent pas jouer à la roulette russe. Si le problème n’était que la radiation, cela serait encore gérable. Tokyo n’est pas Fukushima. Certes certains quartiers sont contaminés, mais la plupart sont sains. Ce qui les a vraiment décidé à tout abandonner c’est surtout la façon dont le gouvernement gère la situation.

Les produits alimentaires sont mal tracés. On parle de répartir de façon « équitable » les déchets de la centrale et des travaux de décontamination un peu partout au Japon, y compris dans la baie de Tokyo. Le pays ne semble pas avoir compris que la cinquantaine d’autres réacteurs sont autant de dangers potentiels.

En 2007, suite à un tremblement de terre, la centrale de Kashiwazaki-Kariwa avait déjà fait trembler le Japon. Des fuites importantes de liquide radioactif avaient polluées la mer. Eiko m’a fort éclairé sur le « politiquement correct » au Japon. Il est si difficile dans cette culture d’exprimer des opinons qui vont à l’encontre de celle qui domine. On passe alors très vite pour un traître ou un rebelle. Peut-être cet accident est-il l’occasion pour les Japonais de prendre conscience que chacun se forge son destin, que chacun doit marquer l’Histoire de sa petite pierre en cherchant à élaborer son propre rapport au monde, mais cela ne vaut-il pas également pour nous.

Retrouver tous les récits de Fukushima diffusés sur ARTE.TV : http://fukushima.arte.tv/files/la_grande_question.jpg


Le réalisateur, Alain de Halleux

Petit manuel pour voyager
au Japon contaminé.

Shintaro, mon assistant japonais et moi avons pris 2 mois pour préparer ce voyage. On n’entre pas si facilement dans la maison d’un Japonais. Très affable et respectueux de l’autre, il ne dévoile pas facilement ses secrets. Au Japon, il y a deux mots qui résument très bien la chose. Honne et Tatemae, l’apparence et la vérité intérieure. Ce qu’on dit et ce qu’on pense. Et l’un ne correspond pas nécessairement à l’autre. Autre difficulté rencontrée lors de cette préparation : le Japonais ne fait confiance à quelqu’un qu’à partir du moment où il l’a rencontré. Ainsi, par exemple, pour réussir à obtenir un rendez-vous avec Nakate-san, il nous a fallu écrire une dizaine de mails et donner de multiples coups de téléphones non seulement à Nakate lui-même, mais aussi à des connaissances. Lorsque j’ai fini par le rencontrer en personne, il m’a avoué : « Alan-san, je m’étais fait de vous l’image de quelqu’un de très compliqué ! ». J’ai éclaté de rire car j’avais vécu la même expérience dans l’autre sens.
Un Japonais n’exprimera jamais que l’opinion ambiante. Il est né politiquement correct, si l’on veut. Il existe d’ailleurs une expression Kokyu rumi : lire ce qui est dans l’air. La langue se prête bien à cet exercice périlleux qui consiste à ne jamais contredire ou choquer qui que ce soit. La structure de la phrase est telle que le verbe arrive à la fin ainsi que la négation ou l’interrogation éventuelle. De plus, le Japonais possède une multitude de petits mots qui lui permettent de temporiser ou de diluer sa phrase. Ainsi, tout en parlant, il peut jauger les réactions de son interlocuteur et modifier au dernier moment le sens de son propos. Imaginons que je veuille proposer un verre de bière à mon invité, mais je ne suis pas sûr qu’il en boive. Je pourrais le vexer en sous-entendant qu’il aime ça. Mais peut-être justement n’attend-il que ça, que je lui demande justement s’il aime la bière. Comment lui proposer dès lors de boire avec moi ? En Japonais, c’est très simple. Je vais dire un truc du genre : « Vous…et bien…un verre de bière…n’est-ce pas…vous boirez… » En fonction de la mimique de mon invité, je pourrais d’une syllabe dire : « N’est-ce pas » ou « Sûrement pas ! ». Les Japonais sont donc passés maîtres dans l’art du sous-entendu et de son décryptage. Ils ont développé une intuition qui leur permet d’évaluer au plus vite l’autre. Je me souviens qu’au début de notre travail, j’avais demandé à Shintaro d’envoyer un mail de 3 lignes à Nakate pour lui proposer un rendez-vous téléphonique. Si j’ai pris 15 minutes pour écrire ce mail en anglais, c’est beaucoup. Nous sommes lundi matin. Shintaro est censé traduire ce mail et l’envoyer. Mardi matin, je lui demande s’il a des nouvelles de Nakate, si celui-ci a répondu à notre mail. Shintaro me dit qu’il ne l’a pas encore traduit. Je suis un peu ennuyé. Je me demande si Shintaro a oublié ce travail. Il me rassure. Il travaille à la traduction, mais celle-ci n’est pas encore terminée. Je lui rappelle qu’il est urgent d’entrer en contact avec Nakate. Shintaro, se vexe. Il le sait très bien. C’est pour ça qu’il prend le temps de bien traduire mon mail.
Mercredi matin, je réitère ma demande. Shintaro me rassure. Il a traduit le mail. Enfin, me dis-je, il n’est pas trop tôt ! Mais, poursuit-il, il attend le retour d’un de ses amis qui est occupé à le corriger. Quoi ?! Et quand aurons-nous cette fameuse correction ? Mercredi soir ?
Bref, le mail que j’avais écris le lundi a fini par partir jeudi. Inutile de dire qu’à ce rythme, il nous était impossible de trouver des familles qui accepteraient de nous rencontrer et d’organiser tous les rendez-vous. Je me suis fâché. Shintaro aussi ! Je ne comprenais pas encore l’importance de la première impression que l’on laisse sur un japonais. Elle est déterminante. On n’effacera jamais cette image-là, d’où l’importance de prêter attention à ne faire aucune erreur au début d’une relation.

Au bout de deux mois de travail intensif, l’agenda était en place. Départ pour le Japon. A peine arrivé à Narita, surprise ! La première chose qu’un fumeur fait après 12 heures d’avion, c’est d’aller fumer une cigarette à l’entrée de l’aéroport. Je fume depuis à peine dix secondes lorsque quatre Japonais se tournent vers moi et m’indiquent gentiment du regard une espèce d’aquarium planté sur le trottoir. C’est là que je dois aller fumer. Je me dis que cette situation ne vaut que pour l’aéroport et que dans la ville, comme partout au monde, rien ne m’empêchera de fumer dans la rue. J’arrive au centre de Tokyo. Pas un mégot par terre et pas un fumeur. Je suis pris d’angoisse. Soudain, au coin d’une rue, un « Smoker corner ». Une dizaine de personnes sont rassemblées autour d’un cendrier. L’espoir revient. Ainsi tous les deux ou trois carrefours, les autorités ont-elles installés de petites îles de survie pour fumeur. Arrive l’heure de dîner. J’entre dans un restaurant. Et là, surprise, l’atmosphère est bleue. Tout le monde fume à table en mangeant. Le monde à l’envers. Je raconte cette anecdote pour faire comprendre que les codes sont ici assez radicalement différents des nôtres. Certains en ont déduit que les Japonais sont si différents de nous qu’il est difficile d’entrer en communication avec eux. Pour ma part, j’ai vu des êtres humains, mes frères. J’ai eu d’autant moins de difficultés à créer une relation avec eux que je me suis présenter exactement tel que j’étais. Cela dit, au fur et à mesure du voyage, je m’amusais à adopter les coutumes locales, ce qui est fortement apprécié.

A Tokyo, j’ai habité chez David et Eiko qui tiennent la crêperie bretonne. Pas trop dépaysant donc. Ça me laisse le temps d’absorber mon décalage horaire. Eiko a habité en France et en Belgique. Enfin, c’est ce que je crois lorsque j’arrive chez eux. Car à peine les bagages déposées, je fonce chez David et Royoko, un couple américano-japonais. J’y tourne mes premières interviews. Je rentre à la crêperie. Je suis à l’ouest. David a fini son service et nous rentrons à son appartement. Nous buvons une bière. Je m’endors presque, mais David me dit d’attendre Eiko. Elle a tant de choses à dire. J’hésite, mais David insiste. Eiko finit par arriver vers 1H30 du matin. Cela fait déjà 30 heures que je n’ai pas dormi. Mais la conversation est si passionnante que je finis par prendre ma caméra et filmer. Quand enfin je m’écroule sur mon futon, c’est déjà l’aube.

Ensuite, j’ai déménagé à Fukushima City chez Isao, un retraité célibataire de 61 ans. C’est un ancien ingénieur en aéronautique. Il s’est fait construire une maison somptueuse dans la campagne pas loin de la ville. Je n’ai jamais vu une maison comme ça. Elle parle : « Votre bain est prêt ! ». « Bonjour ! »…même les toilettes sont électroniques. Comme le mode d’emploi décrit sur la chasse d’eau est en Japonais, impossible de la programmer. Je m’assieds à tout hasard sur la planche, en optant pour un style finalement extrêmement classique. La planche est chaude, sursaut de surprise. Il paraît que si le Japon supprimait toutes les toilettes électroniques, il pourrait supprimer 2 réacteurs nucléaires. Je ne sais si c’est vrai, mais je suis sûr que le simple fait de pisser au Japon coûte un pont en électricité…
Isao est un spécialiste de karaoké. Il a bien évidemment une installation dernier cri. De temps en temps le soir, nous buvons une bière avec lui et Rie et nous chantons. Je me sens chez moi. Isao est formidable. Il nous emmène avec sa voiture un peu partout. Il nous fait à manger. Et comme c’est un grand mangeur, je déborde de sushi, de soupe au bœuf et de pâtes. Si les deux trois premiers jours à Tokyo, j’ai fait très attention à la provenance de la nourriture, je dois bien avouer que j’ai vite baissé la garde. On comprend dès lors l’attitude de la population de Fukushima après un an…la radioactivité est non seulement invisible, mais elle a aussi la faculté de nous rendre amnésique.

Par Alain de Halleux, réalisateur


Source: http://fukushima.arte.tv/#!/4883

 

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Mar 08 2012

Occupy ! Kasumigaseki : dans le campement des anti-nucléaire

Devant le ministère de l'Economie, des Finances et de l'Industrie, un vieil homme entre dans une tente. Il a une barbe blanche très touffue et un gros anorak rouge.

Mitsuro Sudo (Alissa Descotes-Toyosaki)En ce matin de janvier à Tokyo, le carrefour de Kasumigaseki est rempli de fonctionnaires qui se hâtent vers les bureaux. « Certains d'entre eux entrent parfois dans notre tente pour nous dire “Courage ! ” avant de regagner leur poste », sourit le vieil homme.

Depuis 124 jours, Mitsuro Sudo, surnommé « Kuma », participe aux sit-in devant les haut lieux du gouvernement japonais pour protester contre la politique menée après Fukushima, accusant le pouvoir de :

  • non-assistance à personne en danger,
  • reconstruction économique dans des zones hautement irradiées,
  • exporter le nucléaire ailleurs en Asie.

« A la fin de l'année, le gouvernement a décrété que la situation à la centrale de Fukushima-Daiichi était sous contrôle. Mais le 1er janvier, il y a eu un séisme de magnitude 7 au large de Fukushima qui a provoqué des dégâts sur le réacteur numéro 4. La nature est vraiment remarquable ! »

Le 2 janvier, l'opérateur Tepco avait annoncé que le niveau d'eau de la piscine de refroidissement du réacteur numéro 4 (où est stocké le combustible usé), avait baissé brusquement, ce que rapporte le Nikkansports.

Kuma se frotte les mains les unes contre les autres pour se réchauffer. Il fait presque 0°C dans la tente comme à l'extérieur. « On attend le passage de l'électricien pour mettre le chauffage », plaisante Etsuji Shimada. Ce quinquagénaire a été chargé de planter la première tente le 11 septembre

« Nous avons choisi ce jour symbolique pour le monde entier et débarqué tout le matériel et la nourriture devant le ministère. Une quinzaine d'agents de sécurité sont arrivés et ont crié : “Qu'est ce que c'est que ce cirque ! ” »

Monsieur Shimada rit encore au souvenir de ce premier jour de sit-in :

« Pendant que je débattais avec la police sur notre droit à occuper ces lieux, mes camarades ont monté la tente en sept minutes ! »

Activiste antinucléaire de longue date, Shimada se félicite de cette initiative qui a permis de réunir et coordonner des actions au niveau de Tokyo.

« Nous avons monté une deuxième tente en novembre pour accueillir des femmes de Fukushima. »

Les femmes peuvent aussi changer l'avenir

La tente voisine est occupée par plusieurs femmes assises sous un « kotatsu », une table chauffante. « Depuis le 1er décembre, nous soutenons l'action “dix mois dix jours” » dit Yukiko Takahashi, une jeune etudiante :

« Au Japon, on dit que les futures mamans accouchent au bout de dix mois et dix jours. C'est une manière de dire que pendant cette période, les femmes peuvent aussi changer l'avenir. »

Yukiko est originaire de la ville de Fukushima mais avoue ne jamais avoir été inquiétée par la centrale nucléaire jusqu'à l'accident :

« Avant le 11 mars, je n'aurais jamais pensé me retrouver un jour à manifester ou faire un sit-in ! »

« Nous organisons des roulements entre nous, et il y a une permanence de nuit aussi pour éviter les incendies », dit une autre femme. Les incendies et autres « vexations », les manifestants et activistes japonais sont habitués à les subir.

A Kasumigaseki (Alissa Descotes-Toyosaki)

Yukiko s'en amuse :

« Au début, il y avait toutes les nuits des camions de la droite ultra-nationaliste qui venaient faire du tapage nocturne. Il y avait quatre, parfois huit camions ! Ils mettaient à fond des chants patriotiques en nous insultant. »

Le plus étrange c'est que l'extrême droite se met aussi à tenir des discours antinucléaires. « lls ne supportent pas de voir des tentes dans le quartier ministériel, cela n'est pas conforme à l'image du Japon nationaliste », conclut Yukiko.

Ne pas laisser redémarrer le nucléaire

La prochaine manifestation importante qui réunira les femmes des associations pour protéger les enfants de la radioactivité à Fukushima et dans tout le Japon aura lieu au mois de mars.

Sur les blogs. des mères s'insurgent :

« Nous ne voulons pas passer encore les fêtes de fin année avec la peur au ventre. Le gouvernement fait des “stress tests” et assure que tout est sous contrôle, mais le césium a augmenté dans certaines régions de Fukushima. »

« Il n'y a plus que 6 réacteurs sur 54 encore en marche. Tous les autres sont à l'arrêt, mais ça ne veut pas dire que le gouvernement va les abandonner définitivement », ajoute Kuma san en montrant une banderole : « Nous ne laisserons pas redémarrer le nucléaire ! »

En avril, le Japon fonctionnera sans aucun réacteur nucléaire, du jamais vu depuis l'installation du premier réacteur en 1966. Kuma san raconte :

« Il y a deux jours, un spécialiste allemand des stress tests est venu au Japon et s'est inquiété pour nous. Mais quand il a vu les illuminations de Noël à Tokyo et Osaka, il s'est exclamé : “Mais vous avez de l'électricité en trop ! ” »

A Kasumigaseki (Alissa Descotes-Toyosaki)

Les semaines après le 11 mars, Tokyo vivait sous la menace d'une panne d'électricité généralisée, mais en janvier, aucun foyer ne manque de chauffage. Kuma San ajoute :

« L'énergie provient des centrales thermiques et hydrauliques. Mais l'Etat va chercher par n'importe quel prétexte à remettre en route les centrales. Car le Japon était exportateur, et commence même à construire des centrales au Vietnam ou en Thaïlande.

Pourtant, la Mongolie a réagi après l'accident de Fukushima en refusant que le Japon exporte ses déchets radioactifs dans une décharge provisoire sur son sol. »

Depuis que le Japon a violé l'article 9 de sa constitution en envoyant des forces d'auto-défense à l'étranger, ce sexagénaire a quitté son travail en entreprise pour mieux s'impliquer dans le sort de son pays.

« Je me suis dit que le Japon risquait de revenir comme avant 1945 », dit-il. Activiste mais sans vraiment appartenir à une organisation, Kuma étudie les tournesols et leur capacité d'absorption du césium.

« J'aime la nature et ce qui me plairait vraiment c'est de pouvoir crier tout mon amour aux bureaucrates de Kasumigaseki ! », rit Monsieur Kuma, parodiant le titre d'un roman de Kyoichi Katayama, « un cri d'amour au centre du monde ».


Source : http://blogs.rue89.com/alissa-descotes-toyosaki/2012/01/24/dans-le-campement-des-anti-nucleaire-kasumigaseki-226335

http://www.rue89.com/fukushima

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Mar 08 2012

N’oublions pas Fukushima

Japon, le 11 mars 2011. Trois catastrophes ont eu lieu. Un séisme, un tsunami et un accident nucléaire. Une seule de ces catastrophes aurait pu être évitée… Un an après, retour à Fukushima.

La contamination empoisonnera Fukushima pour longtemps

L’Institut de Radioprotection et de sûreté Nucléaire français (IRSN) a indiqué dans un de ses derniers rapports que la contamination radioactive autour de la centrale nucléaire de Fukushima Diichi a fortement décrue. Mais l’institut la décrit désormais comme chronique et pérenne”. Chronique car cette contamination radioactive, si elle ne connaît pas de pic majeur depuis la catastrophe, et désormais inscrite durablement, profondément dans l’environnement de la centrale. Pérenne, car cette radioactivité va durer. Longtemps et en diminuant très lentement…

Les trois réacteurs accidentés ainsi que les explosions d’hydrogène dans les bâtiments de la centrale dans les jours qui ont suivis le 11 mars 2011 ont ainsi libéré de grandes quantités de césium radioactif. Ce césium a une durée de vie longue. Il est considéré qu’il sera “inoffensif” qu’au bout de 300 ans. Il reste aujourd’hui 98% de sa radioactivité initiale dans l’environnement, un taux qui sera encore de 81% en 2020.

Au total, sur environ 24 000 km2 du territoire japonais contaminés par le césium 137, seuls 600 km2 dépasseraient aujourd’hui le seuil des 600 000 becquerels par m2, estime l’IRSN. Il existe toutefois des terres contaminées en “taches de léopard” jusqu’à 250 km de distance de la centrale, avec des “points chauds” extrêmement localisés liés à l’accumulation de dépôts radioactifs par les pluies et le ruissellement. 
Les indicateurs ont relevé des niveaux très ou trop élevés de radioactivité dans des municipalités de la zone évacuée autour de la centrale. Des lieux qui resteront pour certains définitivement inhabitables.

La centrale accidentée de Fukushima reste fragile. Si les autorités japonaises ont annoncé que les réacteurs endommagés ont été “stabilisés”, la situation reste en fait préoccupante et le restera encore des mois probablement de nombreuses années.
En effet, le corium, magma métallique, qui s’est constitué lors de la fusion du cœur reste instable et une réaction de criticité reste possible.
Si des réactions venaient à se produire, des rejets radioactifs importants ne pourraient alors être exclus. De même, les conditions actuelle des piscines de désactivation et d’entreposage des combustibles irradiés continuent de présenter un très grand danger, tant qu’elles n’auront pas été vidées de leur contenu. L’instabilité physique des installations fragilisées par l’accident pourrait présenter un énorme risque en cas de nouveau tremblement de terre ou de tsunami même de faible amplitude.


Agrandir le plan

carte réalisée par l’université d’Osaka

L’inaction des pouvoirs publics face à la catastrophe 

Au rythme des rapports, des fuites de documents, des analyses, la réaction des pouvoirs publics japonais face à la catastrophe ne peut que choquer, ou à minima, laisser songeur... Un document découvert récemment, émanant du ministère Japonais pour l’éducation, la culture, les sciences et les technologies (MEXT), révèle que le ministre de l’époque, Yoshiaki Takaki et d’autres officiels, sont à l’origine de la décision de ne pas diffuser au public l’ampleur des radiations dans les jours qui ont suivis les explosions d’hydrogènes et la réaction en chaîne dans les réacteurs de Fukushima Daiichi. Le mémo en question précise que les données ” ne doivent, par aucun moyen, être diffusés au public”. 

Pour tirer une leçon de la catastrophe de Fukushima, Greenpeace a commandé un rapport.
Ce rapport, rédigé par trois experts indépendants (un physicien nucléaire, un correspondant pour un magazine sur la santé et un ingénieur nucléaire), explique et démontre comment le Gouvernement, les organes de contrôle et l’industrie nucléaire ont rendu possible la catastrophe de Fukushima Daiichi, puis n’ont pas réussi à protéger la population contre l’impact de la catastrophe.

Ce rapport tire deux conclusions principales :

    La catastrophe de Fukushima remet en question la crédibilité de l’industrie nucléaire. L’industrie soutient que le risque d’accident nucléaire se limite à 1 fois pour 1 million (ou moins) d’années d’opération d’un réacteur. L’expérience montre toutefois qu’un accident significatif est à prévoir quelque part dans monde à chaque décennie.

    L’influence politique exercée par l’industrie nucléaire sur les autorités japonaises de réglementation de la sûreté nucléaire est l’une des causes principales de l’accident à Fukushima.

Voir l’intégralité du rapport

Au lieu de reconnaître ces risques nucléaires, de nombreux politiques et autorités ont demandé à restaurer la confiance de l’opinion publique en l’énergie nucléaire. Un an après la catastrophe nucléaire, les autorités protègent à nouveau l’industrie nucléaire au lieu de protéger leurs citoyens.

Les stress tests que subissent les réacteurs du monde entier constituent également la preuve que nous n’avons rien appris de nos erreurs. Les réacteurs existants ont automatiquement  bien réussi ces tests, justifiant ainsi la poursuite de leur activité. Seule l’Allemagne a décidé de fermer 8 de ses 17 réacteurs pour des raisons de sécurité. Après la catastrophe de Fukushima, aucun autre réacteur ne fut déclaré dangereux ni fermé dans le monde. Mais avec les critères retenus, parions que même Fukushima Daiichi aurait réussi le test ! 

Silence et contamination … la vie à Fukushima

Un an après avoir été forcés d’abandonner leur domicile à cause de la catastrophe nucléaire de Fukushima, des dizaines de milliers de réfugiés vivent toujours dans l’incertitude du lendemain, sans savoir quand –ou si– ils pourront rentrer chez eux.

Seuls les habitants de la zone des 20 km autour de la centrale ont été évacués. Mais la “zone à risque” elle, est bien plus étendue. La contamination, on l’a vue est pérenne, chronique, et beaucoup plus étendue ! Le quotidien de ces milliers de personnes se résume aujourd’hui à des questions, des incertitudes. Dans de nombreuses écoles, les enfants ne sont pas autorisés à rester plus d’une heure dans les cours de récréation et du césium a été également découvert dans de nombreux aliments.
Beaucoup n’ont pas les moyens de partir et n’ont d’autre choix que de continuer à vivre avec cette contamination invisible.

Des enfants sont toujours contaminés à 220 km de la centrale de Fukushima,montrent les résultats publiés par l’ACRO, l’Association pour le contrôle de la radioactivité de l’Ouest. Sur les 22 enfants japonais dont l’Acro a analysé les urines, 14 sont encore contaminés au césium 134 et césium 137. Cette persistance montre que la contamination des enfants vient de l’alimentation et non du panache.

Ne restent à Fukushima que le silence et la contamination.
 
C’est ce qu’a capturé la pellicule de Robert Knoth, photographe, dans l’exposition Shadowland (le pays des ombres). Robert Knoth a hanté, avec son appareil, ce pays des ombres: villages désertés, cours de récréation vides, fermes abandonnées … Ces clichés sont un rappel, impérieux, des dommages irréversibles de l’insécurité nucléaire.

Nous sommes tous dans une zone à risque … 

Après la publication par Greenpeace France de la carte des zones à risques nucléaires pour l’hexagone, c’est au monde entier que la démarche a été étendue.
Plus de 400 réacteurs sont en activité dans le monde aujourd’hui. Vous, votre famille, vos amis, habitent probablement à proximité de l’un d’eux. Que ferions-nous face à un accident nucléaire comme Fukushima? Qui appellerions nous ? À qui écririons nous ? Qu’emmènerions nous? Voilà des questions auxquelles nous ne voudrions jamais devoir répondre… Mais que les habitants de la région de Fukushima ont dû se poser.

N’oublions pas Fukushima : rendez-vous le 11 mars

Il est temps. Il est temps de nous tourner vers des systèmes d’énergie modernes, basés sur l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables, grâce auxquels nous pourrons nous affranchir de ces réacteurs et profiter des avantages supplémentaires d’une meilleure sécurité énergétique, de prix énergétiques stables et de millions d’emplois de qualité.

Parce que nous devons dire non à l’éventualité d’un autre Fukushima, nous nous rassemblerons, avec le Réseau Sortir du Nucléaire et d’autres associations, dimanche 11 mars, pour constituer une chaîne humaine contre le nucléaire. Cet évènement aura lieu en France, mais aussi au Japon, et partout dans le monde. 
Rejoignez nous, nous avons besoin de vous !


Source: http://energie-climat.greenpeace.fr/noublions-pas-fukushima

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Mar 08 2012

Fukushima : quarante années de travaux et trois siècles de pollution

Comment va Fukushima ? Pour le premier anniversaire de la catastrophe nucléaire, les médias du monde entier enchaînent les reportages sur place. L'occasion de voir le site sous tous les angles et de faire le point sur l'état du site, de la pollution environnante et de la situation des populations locales.

SITUATION SUR LE SITE

L'exploitant a mis en place des webcams qui permettent de visualiser l'ensemble du site -les quatre bâtiments réacteur- en temps réel. Les journalistes enchainent les tournages aériens (malheureusement en japonais). En dépit de l'annonce, faite en décembre, de l'arrêt à froid des réacteurs endommagés, l'électricien Tepco ne parvient pas à rétablir une situation complètement normale. Il tient un journal complet de ses opérations à disposition d'un public averti.

Depuis mars 2011, les réacteurs n°1, 2 et 3 sont constamment refroidis par l'injection d'eau douce dans les cuves contenant les combustibles -environ 10 m3 par heure. Les moyens d’injection d’eau dans les cuves ont été fiabilisés. Ils permettent de maintenir la température du circuit primaire (RPV) aux alentours de 60° C pour les réacteurs n°2 et 3 et 30° C pour le réacteur n°1. Le circuit primaire n’est néanmoins pas étanche ; l’eau qui y est injectée est récupérée dans les parties basses des bâtiments. Quant aux piscines d'entreposage, elles sont désormais refroidies en circuit fermé et la température de l'eau y est maintenue à 20°C.

En décembre 2011, l'opérateur TEPCO a annoncé que la température dans ces cuves était inférieure à 100°C. C'est ce que l'on appelle l'arrêt à froid. Cependant, début février, la température au sein du réacteur n°2 a connu de nombreuses fluctuations, grimpant brutalement jusqu'à 70°C. En cause? Une trentaine de fuites dans le circuit de refroidissement provoquées par le gel de l'hiver nippon. L'opérateur a dû augmenter le débit de l'eau (passant à plus de 13 m3 par heure) et injecter de l'acide borique dans les cuves pour éviter toute réaction nucléaire. Le 28 février 2012, les caméras montraient une fumée s'échappant d'une conduite reliant les bâtiments entre eux.

L'autre problème majeur du site reste la gestion de l'eau radioactive, laquelle s'apparente au mythe de Sisyphe ! Selon Tepco, il y aurait 200000 m3 d'eaux contaminées sur le site, un volume qui ne cesse d'augmenter, notamment à cause de l'eau injectée en permanence dans les circuits de refroidissement et qui ressort contaminée. Pour l'heure, un millier de réservoirs ont été installés près du réacteur n°1 pour recueillir 165000 m3 d'effluents contaminés (photo). D'autres réservoirs sont actuellement en construction pour accueillir 40000 m3 supplémentaires, ainsi qu'un réservoir d'une capacité de 4000 m3 destiné à être enfoui dans le sol. Toutes ces installations seront remplies à l'automne. Et il faudra alors en installer de nouveaux.

Afin de limiter la dispersion de la contamination, le recouvrement du bâtiment réacteur n°1 a été achevé le 28 octobre 2011. Une opération similaire est étudiée pour les réacteurs n°3 et 4 dont les bâtiments sont les plus endommagés. Des rejets radioactifs gazeux dans l’environnement se poursuivent ; ils sont de l’ordre de 60 MBq/h soit 10 000 000 fois moins que l’activité rejetée au moment de l’accident.

Plus que jamais, le site reste sous haute surveillance. La catastrophe de Fukushima continue. Et même si le ministre français de l'énergie, Eric Besson, s'est montré particulièrement rassurant lors de sa visite à la centrale en février 2012, la Commission de sûreté nucléaire japonaise a été très claire : il faudra attendre au moins 2022 pour retirer les combustibles fondus dans les réacteurs. Et patienter trente années supplémentaires pour envisager le démantèlement du site.
 

SITUATION AUTOUR DE LA CENTRALE

La surveillance de l’environnement est coordonnée par les autorités japonaises et réalisées par différents acteurs, ONG comprises. Les différentes mesures sont détaillées dans le Comprehensive Monitoring Plan qui détaille les zones à surveiller, les analyses à mener sur la poussière, le sol, l'herbe, l'air, certaines plantes, …

Désormais, on trouve en majorité des césiums radioactifs disséminés dans l’environnement, les iodes ayant diminué sous l’effet de la décroissance radioactive (note IRSN 27/09/2011). Les césiums ont une durée de demi-vie de trente ans, ce qui signifie qu'ils auront perdu la moitié de leur radioactivité en 2042. Et qu'il faut compter environ dix périodes pour qu'ils ne soient plus du tout actifs, soit trois siècles. En mer, malgré les quantités importantes rejetées, la conjonction de deux grands courants marins à proximité du site a entraîné une dispersion très importante des radionucléides (note IRSN 26/10/11).

Fin février 2012, le Yomiuri Daily a publié la dernière mouture de la carte des relevés officiels de débits de dose à un mètre du sol. Il existe deux zones : une zone d'exclusion totale à 20 km autour de la centrale, ce qui représente une surface de 1250 km2, puis une seconde zone dite « d'évacuation étendue », soit 800 km2 supplémentaires, qui englobe les faubourgs de la ville d'Itate jusqu'à 50 km du site accidenté. Sur la carte, la zone "orange" (> 10 mSv/h à 1 m du sol) s'étend jusqu'à l'entrée d'Itate, à 35 km du site à vol d'oiseau. Au total, 2050 km2 de territoire sont contaminés. La zone la plus contaminée – à plus de 600 000 Becquerels au m² (Bq/m2) – fait environ 600 km², contre 13000 km2 autour de Tchernobyl.

Toutefois, il ne faut pas confondre surfaces et populations. Les Japonais ont évacué des zones moins contaminées qu'en ex-URSS. Au total, 150000 personnes (contre 270000 en Ukraine) ont été relogées. Au Japon, les autorités envisagent le retour d'une partie des populations japonaises à condition de décontaminer les sols, ce qui n'a pas été envisagé en Ukraine.

Pour les denrées alimentaires (feuilles de thé, abricots, viandes de bœuf et de sanglier, poissons, …), des analyses sont menées chaque semaine depuis mars 2011. Au total, sur 97 664 échantillons testés sur l’ensemble des 44 préfectures japonaises, 1 078 (1,1 %) présentent des niveaux de contamination supérieurs aux niveaux maximaux admissibles japonais. Les résultats sont actualisés chaque semaine.

Les résultats de mesure récents montrent la persistance d’une contamination des espèces marines (poissons principalement) pêchées sur les côtes de la préfecture de Fukushima. Les organismes benthiques et filtreurs ainsi que les poissons au sommet de la chaine alimentaire sont, dans la durée, les plus sensibles à la pollution au césium.

Le 30 aout 2011, la loi encadrant la décontamination et la gestion des déchets afférents est entrée en vigueur. A l’exception des zones où l’exposition est inférieure à 20 mSv/an, le gouvernement japonais porte la responsabilité de la décontamination. Ailleurs, celle-ci est à la charge des municipalités. Des documents détaillent les spécificités techniques de ces travaux de décontamination qui touchent le milieu urbain, agricole et forestier.

Les orientations en matière d’indemnisation ont été fixées par le Dispute Reconciliation Comittee for Nuclear Damage Compensation. L’indemnisation des populations et des professionnels est en cours ; à cet effet un fonds spécifique a été constitué et doté de 6 milliards d’euros. Un bilan des indemnisations versées par Tepco a été publié au 18 décembre 2011.

L'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire vient de publier son rapport sur les rejets radioactifs lors de l'accident mais aussi des contaminations dans la zone des retombées radioactives. De même, la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad) a élaboré un dossier Spécial Japon à partir de ses propres mesures, réalisées sur place. Et ses interprétations sont beaucoup plus alarmistes.
 

SITUATION SANITAIRE

Il est beaucoup trop tôt pour évaluer les conséquences sanitaires de l'accident de Fukushima. D'une part parce que la relation dose-effet est difficile à établir, d'autre part parce que la radioactivité, à faibles doses, n'a un impact que sur le long terme. Dans tous les cas, tout dépend des doses de radioactivité reçues. Celles-ci sont mesurées par différents organismes -officiels ou indépendants- à partir des éléments radioactifs cartographiés dans l'environnement. Voici une carte de l'IRSN établie à partir des mesures du département d'Etat américain réactualisées en octobre 2011. L'ONG française Criirad a mené des campagnes de mesures indépendantes au lendemain de l'accident.

Quoiqu'il en soit, la guerre des interprétations a commencé. Le scientifique américain Franck Von Hippel, docteur en physique de l'université de Princeton, table sur environ 1000 morts par cancer dans les années à venir. Tandis que pour Wolfgang Weiss du Comité scientifique onusien sur les effets des rayonnements ionisants, l'impact sanitaire de l'accident devrait être « très faible ».

Dans les premiers jours qui ont suivi l'accident, le radioélément le plus dangereux est l'iode-131 qui vient se fixer sur la thyroïde. Heureusement, ce dernier a une durée de vie (ou période radioactive) très courte : il perd la moitié de sa radioactivité au bout de huit jours et n'est plus dangereux au bout de 80 jours. Durant cette période, à cause de leur croissance, les plus vulnérables sont les enfants qu'il faut immédiatement éloigner de toute zone contaminée.

En aout 2011, des chercheurs de l'Université Hiroshima ont publié les résultats de leurs analyses: 1149 enfants issus de la province de Fukushima avaient de l'iode radioactif dans leur glande thyroïde. D'autres analyses ont montré que 45% des enfants testés en mars 2011 (au total 1080 individus) avaient incorporé de l'iode-131. En novembre, cet élément radioactif figurait dans 104 des 1500 échantillons d'urine prélevés auprès d'enfants de moins de six ans vivant à Minamisoma. Une énorme campagne de mesures est actuellement en cours sur les 360000 enfants âgés de 0 à 18 ans de la préfecture de Fukushima. Celle-ci devrait prendre fin en mars 2014.

Pour les ouvriers qui ne cessent de travailler sur le site de la centrale, Tepco surveille leurs doses d'exposition. Environ 18000 liquidateurs ont travaillé sur le site. Souvent pour de courtes périodes.

Quant aux éleveurs de la zone d'exclusion, ceux-ci refusent d'abandonner leurs troupeaux à leur sort, comme le montrent ces images rapportées par le quotidien britannique The Guardian. Le gouvernement a ordonné d'euthanasier les bêtes condamnées à vivre dans la zone d'exclusion. Mais certains éleveurs, comme Yukio Yamamoto, refusent d'obtempérer. Tous les deux jours, il vient prendre soin de ses vaches.

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Le blog de Fukushima (certaines parties sont en allemand).

De Laure Noualhat


Source : http://www.arte.tv/fr/Fukushima—quarante-annees-de-travaux-et-trois-siecles-de-pollution/6391576,CmC=6445736.html

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