Rapport 2012 sur les coûts de la filière électronucléaire en France

Michèle Rivasi, député européenne : «Ce rapport démontre que l'éolien est compétitif »

Michèle Rivasi, député européenne, réagit à la publication du rapport de la Cour des comptes sur le nucléaire.

La Cour des Comptes publie aujourd'hui 31 janvier son Rapport sur les coûts de la filière électronucléaire en France. Rapport de la cour des comptes 2012 – Electronucleaire (pdf.3.1Mo)

430 pages à lire, il faudra un peu de temps pour l'analyser. Les commentaires de presse ne vont sans doute pas manquer. Un point important à noter : le rapport confirme une certaine sous-estimation (ou une sous-estimation certaine) des coûts réels, notamment au niveau de la maintenance, du renforcement de la sécurité, du démantèlement, des déchets.. Les coûts "futurs" (ils commencent aujourd'hui, ils finiront dans très très longtemps) sont très incertains et sans doute plus élevés que prévu.En bref, les tarifs de l'électricité devraient pas mal grimper prochainement. Et ce ne sera pas la faute aux énergies renouvelables !

A quelle conclusion vous amène le rapport de la Cour des comptes sur le nucléaire ?

Ce rapport (lire La Cour des comptes écorne la compétitivité du nucléaire) constitue une réelle avancée, mais il comporte beaucoup d'incertitudes et de nombreux coûts cachés, contrairement à ce que le gouvernement veut nous faire croire. On constate à la lecture du rapport que le coût du nucléaire ne peut qu'augmenter. Le prix du mégawatt/heure est réévalué à la fois pour le parc existant, où il passe de 42 à 50 euros, et pour les EPR, où il double pour se situer entre 70 et 90 euros. Cette réévaluation de la filière nucléaire la situe à un niveau de coût comparable à l'énergie éolienne. Or, on n'a jamais cessé de nous dire que celle-ci était trop chère. On voit maintenant que ce n'est pas vrai. La preuve est faite que l'éolien est compétitif. En plus, avec cette énergie, les problèmes du stockage des déchets et du démantèlement des installations ne se posent pas. L'évaluation de la Cour des comptes ne prend pas en compte le calendrier pour le démantèlement des anciennes centrales, et on ne sait toujours pas quels sites de stockage sont prêts à recevoir les déchets nucléaires. Ceci fait monter le coût du démantèlement, non pas de 15% (du coût de l'investissement de l'installation) comme annoncé, mais au minimum de 37%.

Vous semblez douter de la pertinence du périmètre d'évaluation du coût du nucléaire…

Au niveau de l'analyse des coûts de sûreté et de gestion de crise « post-Fukushima », le rapport néglige certaines données. Le scénario établi par EDF n'intègre pas la construction d'enceintes de confinement supplémentaires pour les piscines de stockage du combustible, l'amélioration de l'approvisionnement en eau pour le refroidissement des réacteurs, etc. L'estimation tourne autour de 10 milliards mais je suis aussi sceptique que le directeur de l'IRSN, car certains investissements me paraissent sous-évalués. Les salles de contrôle à distance sécurisées coûtent très cher et il en faut 19 ! L'évaluation manque de précisions sur certains points. Le coût de l'assurance est très approximatif et ne reflète pas du tout les dommages connus avec Tchernobyl ou Fukushima. EDF avance le chiffre de 80 millions d'euros par accident, c'est complètement anormal : mieux vaudrait parler de 70 milliards par accident. Le rapport n'intègre ni le coût de Superphénix -12 milliards -ni les dépenses de recherche -55 milliards -, ce qui revient encore à minimiser les coûts. Et il ne permet pas de connaître exactement le coût de démantèlement des réacteurs graphite-gaz.

Quelle aurait été la bonne méthode ?

Il aurait fallu que la Cour des comptes fasse appel à des experts indépendants. Le rapport se base sur les chiffres donnés par les exploitants, mais cette méthodologie n'est pas étonnante, puisque la Cour des comptes a eu à peine plus de six mois pour réaliser ce travail. A n'en pas douter, le Premier Ministre savait bien qu'avec de tels délais, la qualité du travail s'en trouverait négligée. Après avoir lu ce rapport, on comprend bien la réticence d'EDF à construire de nouvelles centrales. C'est pourquoi son président, Henri Proglio, est plutôt partisan d'augmenter la durée de vie des centrales de 40 à 50 ans, voire de 50 à 60 ans quitte à investir 50 milliards d'euros. Preuve, s'il en est, qu'EDF n'a pas provisionné suffisamment d'argent pour le démantèlement des centrales.

(Photo AFP)
Propos recueillis par Joël Cossardeaux


Source : http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/energie-environnement/interview/0201872728520-michele-rivasi-depute-europeenne-ce-rapport-demontre-que-l-eolien-est-competitif-282393.php

 

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