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Démantèlement de Bugey 1

Un démantèlement beaucoup plus long que prévu !

 

Aujourd’hui à l’arrêt, le réacteur Bugey 1 est en phase de démantèlement.

Le décret pour les opérations de mise à l’arrêt définitif du réacteur Bugey 1 a été publié le 30 août 1996.

Le décret autorisant le démantèlement complet du réacteur de Bugey 1 a été publié le 18 novembre 2008.

Le réacteur Bugey 1 en phase de démantèlement

Entre 2010 et 2017, la quasi-totalité des équipements électromécaniques, y compris les gros composants (tuyauteries, vannes, câbles électriques, échangeurs, réservoir, etc…) ont été déposés et évacués.

Ces travaux se poursuivront jusqu’en 2024 (décision ASN) afin de mettre l’installation en configuration sécurisée avec notamment des travaux de démolition des bâtiments conventionnels (tels que la salle des machines), des chantiers d’assainissement du génie civil puis de démolition des bâtiments nucléaires assainis et des actions permettant de garantir la sûreté des installations dans la durée.

Le démantèlement du réacteur Bugey 1 devait constituer la tête de série du démantèlement des réacteurs UNGG, mais EDF a complétement changer de stratégie en 2016.

Le démantèlement du cœur du réacteur, qui est très radioactif, devait se faire sous eau, mais EDF s’est aperçue tardivement que cette technique n’était pas appropriée, comme elle l’a expliqué à l’Assemblée Nationale :

« La phase de démantèlement du réacteur et de l’empilement de graphite ne sera pas réalisée directement par l’exploitant, mais par des entreprises sous-traitantes. Ce sont les réponses à l’appel d’offres qui ont convaincu l’électricien de changer de stratégie dans la mesure où l’extraction du graphite demandera – aux dires des sous-traitants – environ quinze ans, contre trois envisagés précédemment. Or laisser sous eau une telle structure pendant une aussi longue durée poserait inévitablement des problèmes de corrosion. »
Rapport d’information relatif à la faisabilité technique et financière du démantèlement des installations nucléaires de base de février 2017 de l’Assemblée Nationale.

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Comme souvent, les ingénieurs d’EDF ont été très optimistes en ne prévoyant que 3 ans pour ce démantèlement sous eau.
EDF abandonne donc le démantèlement sous eau du cœur du réacteur de Bugey 1 et elle va relancer des études, puis expérimenter le démantèlement sous air du réacteur Chinon A2.

Après le retour d’expérience de cette première opération, EDF lancera le démantèlement des cinq autres réacteurs, dont Bugey 1.

Le démantèlement du réacteur Bugey 1 se trouve ainsi reporté de 30 à 50 ans.

Dans ce contexte, les coûts ne sont pas non plus connus.

La réalité est que, pour les réacteurs Uranium Naturel Graphite Gaz, les opérations de démontage des empilements de graphite constituant le cœur n’ont pas été prises en compte à la conception.
Par ailleurs, certaines impuretés présentes dans le graphite ont entraîné l’activation de l’isotope 36 du chlore ainsi que celui 14 du carbone (éléments à vie longue), qui doit être prise en compte pour l’élimination des déchets.
Même si les quantités de substances dangereuses et radioactives présentes dans l’installation vont décroître, il reste une radioactivité importante après plusieurs dizaines d’années et la phase de démantèlement du cœur du réacteur reste une opération dangereuse.

Pour Bugey 1, son report après 2050, pose le problème de la tenue des structures soutenant le cœur du réacteur. Un effondrement de ces structures conduirait à une importante libération de matières radioactives dans l’environnement.

Les risques sont également importants pour les travailleurs, en particulier quand les opérations de décontamination et de démontage nécessitent des interventions à proximité ou au contact de substances très radioactives.
Des risques dits classiques liés à l’incendie, aux manutentions, ou aux travaux réalisés à des hauteurs importantes, sont également à prendre en compte.
Un incendie se déclarant dans le cœur du réacteur sur des empilements de graphite aurait rapidement de graves conséquences, avec la ruine du génie civil du cœur et la libération d’importantes quantités de radioactivité dans l’environnement.

Les quantités de déchets radioactifs liés au démantèlement du réacteur Bugey 1, sont évalués par EDF, en masses brutes :

  • déchets de très faible activité (TFA) : 14 000 tonnes
  • déchets de faible et moyenne activité à vie courte (FMA-VC) : 10 000 tonnes
  • déchets de graphite : 2 600 tonnes
  • déchets de moyenne activité à vie longue (MA-VL) : 8 tonnes.

Pour ce qui est des déchets de graphite, d’anciennes chemises de Bugey sont actuellement stockées au Centre de Stockage de l’Aube (CSA), installé à Soulaines-Dhuys en Champagne-Ardenne et prévu pour les déchets de faible et moyenne activité à vie courte (FMA-VC).
Cependant la présence de chlore 36 (55,1 GBq selon EDF en 2019) et de carbone 14, éléments à vie longue (période du chlore 36 : 302 000 ans et période de carbone 14 : 5 700 ans), fait que ces déchets de graphite ne pourront plus être acceptés dans ce centre.

Ces déchets devront être stockés dans un centre de stockage pour déchets de faible activité à vie longue (FA-VL), centre qui n’existe pas encore et qui pourrait être prévu à terme sur le territoire de la Communauté de Communes de Vandœuvre-Soulaines (Aube).

L’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) exige dans son avis n° 2020-AV-0357 du 6 août 2020 la remise d’un avant-projet sommaire avant le 30 juin 2023.

Conclusion de la fiche radionucléide « Cl36 et environnement » de l’IRSN

Outre ces déchets radioactifs, le réacteur Bugey 1 continue de rejeter dans l’environnement, des effluents radioactifs gazeux et liquides.
Ceux-ci sont réglementés par l’arrêté du 6 août 2014 portant homologation de la décision n° 2014-DC-0443 de l’ASN du 15 juillet 2014, fixant les limites des rejets dans l’environnement des effluents liquides et gazeux des installations nucléaires de base (INB) n° 45, 78, 89 et 173 exploitées par EDF dans la commune de Saint Vulbas (01).

Pour le réacteur Bugey 1 (INB n° 45), trois périodes sont considérées :
– La période 1 court jusqu’à la mise en eau du caisson réacteur,
– La période 2 va jusqu’au démantèlement des structures internes du caisson, y compris la dépose des empliements de graphite,
– et la période 3 va de la fin de la période 2 jusqu’au déclassement du réacteur.

Les tableaux ci-après donnent les valeurs maximales autorisées pour les effluents radioactifs sous forme gazeuse ou d’aérosols solides et pour les effluents liquides radioactifs.

Valeurs maximales autorisées pour les effluents radioactifs sous forme gazeuse ou d’aérosols solides

Valeurs maximales autorisées pour les effluents liquides radioactifs

La période 2, correspondant au démantèlement du cœur du réacteur avec la dépose des empilements de graphite, se traduit par une très forte augmentation des rejets liquides et gazeux de tritium (période de 12,3 ans) et dans une moindre mesure par ceux de carbone 14 (période de 5 700 ans).

Ces valeurs devraient prochainement être modifiées, puisque EDF renonce au démantèlement sous eau pour le réacteur Bugey 1.

Nota :
La « période » ou « demi-vie » est une des principales caractéristiques d’un élément radioactif. Elle est définie comme le temps nécessaire pour que l’activité d’un échantillon constitué de ce radioélément soit divisée par deux. L’activité décroît assez vite avec le nombre de périodes : elle est divisée par 1000 au bout de dix périodes.

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