Juin 09 2015

Message à caractère informatif de la CRIIRAD

Bonjour à tous,

 

L’Europe s’apprête à adopter un règlement fixant les niveaux de contamination radioactive qui seront autorisés dans les aliments en cas d’accident nucléaire. Le Parlement doit donner son avis début juillet et le Conseil de l’UE devrait prendre sa décision d’ici fin 2015.

Alors qu’il aurait fallu revoir l’ensemble du dispositif mis en place au lendemain de Tchernobyl (sous la pression notamment du lobby nucléaire français), le projet de règlement élaboré par la Commission européenne ne change quasiment rien (il y a même des aggravations).

Officiellement, les limites adoptées garantissent le respect d’un critère de dose de 1 mSv (ce qui est déjà, pour la seule ingestion des aliments, un niveau de risque assez élevé). En réalité, les doses pourront être beaucoup plus élevées : 10 fois plus, voire 100 fois plus dans les scénarios les plus pénalisants. Le gouffre s’explique par des anomalies gravissimes (incohérences, mensonges, irrégularités…) dans le travail des experts qui ont validés ces limites. Un seul exemple pour vous convaincre de la gravité des faits : les  taux de contamination admissibles dans les aliments ont été définis pour l’impact d’un accident survenant à 1 000 km des frontières européennes. Or le règlement les applique aux accidents qui surviendront à l’intérieur de l’Europe ! Vous trouverez pages 2 et 3 de notre communiqué du 21 mai 2015 la synthèse des anomalies que nous avons identifiées.

Sur la base de ces constats, nous avons cherché à obtenir la liste des experts impliqués dans cette arnaque. Confronté au silence de la Commission, nous venons de déposer plainte auprès du médiateur européen.

Afin de faire pression sur les parlementaires et sur les gouvernements qui vont se prononcer dans les prochains mois, nous avons lancé une pétition contre le projet. Elle peut être signée en ligne au : http://criirad-protegeonsnotrealimentation.wesign.it/fr. Un document explicatif complémentaire est en cours de rédaction.

Nous avons besoin que la mobilisation soit la plus massive possible, en France et en Europe*. Toute aide, suggestion ou participation de votre part est la bienvenue que ce soit pour appeler à signer la pétition, diffuser l’information, trouver des relais à l’étranger ou  faire pression sur les décideurs.

N’hésitez pas à utiliser les documents que nous avons mis en ligne. Ils sont récupérables à http://www.criirad.org/aliments-nma-accidentnucleaire/sommaire.html (le dossier devrait s’étoffer au cours des prochaines semaines).

Notre prochaine action vise le vote du Parlement européen, prévu pour le 6 juillet prochain. Nous souhaiterions que le maximum de citoyens puisse interpeller les députés de sa circonscription (nous allons préparer dès que possible un modèle de lettre). Nous travaillerons ensuite en direction des gouvernements appelés à se prononcer au niveau du Conseil de l’UE (en particulier 1/ celui de la France et 2/ celui des Etats européens non nucléarisés).

Nous sommes à votre disposition pour toute question ou proposition.

Merci d’avance de toute aide que vous pourrez apporter,

Très amicalement

Pour la CRIIRAD

Le président, Roland Desbordesimage001

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Déc 28 2012

L’EPReuve du feu

EPRLe feu, de tous temps, a fasciné les hommes. Le feu nucléaire qu’une partie de nos congénères prétend savoir maîtriser exacerbe incontestablement la fascination. Comment expliquerait-on autrement que par l’effet paralysant de la fascination l’entêtement des gouvernements français à poursuivre contre vents et marées la construction de l’EPR ou encore la faiblesse de l’opposition au nucléaire en France malgré l’horreur de Fukushima ? L’insouciance populaire et l’opiniâtreté gouvernementale ne sauraient être expliquées uniquement par la peur du manque futur d’énergie.

Si les gouvernants agissaient vraiment selon un calcul purement rationnel comme on le prétend parfois la filière électronucléaire au coût désormais exorbitant – tant au plan environnemental, social que financier – serait aujourd’hui abandonnée. Il existe sans doute peu de dossiers où toutes les cartes sont à ce point faussées. Qui saura stopper à temps la machine infernale que cache une fierté nationale tellement mal placée ?

On s’est autrefois moqué du programme Concorde, prouesse technique mais gouffre économique. On ironisait alors avec la découverte saugrenue que le seul Concorde rentable était celui qui, au Bourget, accueillait chaque année les très nombreux visiteurs venus admirer l’emblème de la réussite française. Et pour cause : cet aéronef-là ne décollait jamais. Aujourd’hui, personne n’ose rire de l’EPR. Il est fort à parier que demain nous nous retenions pour ne pas pleurer. Nous savons déjà que ce programme n’est pas un gouffre mais un abysse financier. Le chantier de Flamanville a d’ores-et-déjà pris cinq années de retard et sa facture a triplé depuis la première estimation de son coût de réalisation. La nécessité de renforcer les normes de sécurité – pourtant décrétées maximales à l’origine – après la catastrophe de Fukushima n’explique pas, loin s’en faut, ce surcoût et ce contretemps formidables. Si le programme Concorde avait été lancé quant à lui par temps de finances publiques plutôt florissantes, on ne saurait en dire autant du programme EPR qui fait entrer la France en phase de dilapidation des deniers publics. C’est ce que le groupe italien Enel, comptant pour 11% dans le projet, semble avoir enfin compris puisqu’il s’en retire. Rien n’autorise en effet à penser sérieusement que l’envolée du coût de production de l’EPR va s’interrompre, les 8,5 milliards d’euros annoncés en novembre dernier seront très probablement dépassés à mesure que de nouveaux avatars surviendront dans ce projet jugé – sauf par les nucléocrates – de plus en plus hasardeux.

BathoLe risque de catastrophes nucléaires civiles majeures, hier réputé impossible dès lors que les meilleurs experts et systèmes de protection sont mobilisés, est aujourd’hui mis en cause. Le lobby nucléaire lui-même n’ose plus brandir le « risque zéro ». Disons, pour paraphraser le grand penseur du 19ème siècle, que le spectre de Fukushima nous hante. Il va nous hanter très longtemps : les nucléocrates ne pourront pas, comme ils l’ont fait avec Tchernobyl, compter sur l’effacement du temps ou en appeler à l’inconséquence d’un régime totalitaire. Le Japon est une démocratie et vit désormais la pire catastrophe nucléaire civile de tous les temps, du moins tant que l’avenir ne nous aura pas légué une catastrophe plus terrible encore. Oui, « l’accident » de Fukushima est toujours en cours, les autorités politiques et techniciennes étant impuissantes à y mettre un terme pour l’instant. Le fait que nos projecteurs médiatiques aient été débranchés beaucoup trop tôt et que nos journalistes manquent de la bonne énergie, celle qui oriente le regard vers ce qui dérange, ne change rien à l’affaire. Elle est démesurément dramatique. C’est même sa démesure qui nous pousse à l’oublier. Oui, des pans entiers de la population nippone sont aujourd’hui sacrifiés et toute la population le sait. Elle ne veut plus du nucléaire ! Il va être très difficile de lui imposer de nouveau. C’est bien ce dernier aspect qu’il convient de nous cacher, à nous qui croyons encore au miracle de l’énergie atomique.

Le miracle n’aura pas lieu. Il est enfin avéré que la production de l’énergie nucléaire est la plus dispendieuse qui soit. Demain, elle sera ruineuse. Chaque nouvelle catastrophe impose de relever le niveau des protections avec la certitude désormais admise que les nouveaux seuils fixés seront un jour à revoir. De plus, nos « autorités compétentes » sont incapables de chiffrer le coût de démantèlement des centrales parvenues en fin de vie. C’est sans doute la raison pour laquelle cet élément de coût, exorbitant lui aussi on l’imagine, n’est jamais pris en compte dans le calcul du coût de production de l’énergie électronucléaire. Circonstance atténuante mais non déresponsabilisante pour nos gouvernants et pour EDF : aucune centrale n’a jamais été démantelée nulle part. Brennilis, la plus petite d’entre elles pour ce qui concerne la responsabilité d’EDF, effraie toujours nos apprentis sorciers en la matière –radioactive ! –vingt ans après l’arrêt de son réacteur. Il est donc temps de mettre fin au « mensonge nucléaire ». Le décret d’avril 2007 marquant officiellement l’ouverture du chantier de l’EPR à Flamanville a donné dix ans à EDF pour réaliser le chargement du réacteur en combustible. Ce délai paraissait très raisonnable, les plus pressés le trouvait même trop long à l’époque. Des voix s’élèvent aujourd’hui qui disent leur inquiétude de voir les responsables du programme sacrifier quelque peu la sécurité afin de tenir le délai. Lorsque Mme Delphine Batho proclame que le réacteur de Flamanville démarrera le 11 avril 2017 il est évident qu’elle n’en sait fichtre rien. Elle se borne à répéter bêtement, comme ses devanciers politiques, ce que les dirigeants d’EDF lui disent, eux qui n’en savent rien non plus tant les années prochaines risquent de nous livrer un nouveau lot d’onéreuse surprises et contretemps fâcheux.

Après avoir cessé de mentir on déciderait fatalement de mettre fin à la gabegie annoncée depuis longtemps. L’on nous dit que trop d’argent a déjà été mis dans ce programme pour que l’on puisse y renoncer. Cet argument est irrecevable, pour ne pas dire irresponsable. La gravité de la situation commande de ne plus regarder le passé mais de préserver l’avenir. Renoncer, ce n’est pas perdre de l’argent de toute façon déjà dépensé mais économiser les sommes colossales qui seraient dépensé demain. Arrêter un réacteur en fonctionnement est autrement problématique que de stopper sa construction. Et que dire du coût humain épargné ?Le pouvoir politique aura-t-il l’intelligence et le courage nécessaires pour affronter cette décisive « épreuve du feu » ?

Yann Fiévet

 

 

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Déc 05 2012

EPR : QUAND VA-T-ON, ENFIN, ARRÊTER LES FRAIS ?

Quatre ans de retard selon les dernières prévisions d’’EDF…(Et qui peut vraiment y croire?…)

  • 1,8 milliard en 1998 quand cette dernière envisageait d’installer un EPR au Carnet près de Nantes, chez M.AYRAULT.
  • 3 milliards en 2003, annoncés au colloque du Ministère de l’industrie, à Rennes..
  • 3,3 milliards au cours du “Débat public”,organisé après la décision de construction sur  le terrain d’ EDF à Flamanville-d’où le très long couloir de lignes THT, vers les Pays de Loire, coûteux lui aussi.
  • 6 milliards en 2011 alors que, citant des sources internes, le CRILAN affirmait que son coût serait d’au moins 8 milliards.
  • Aujourd’hui, 8,5 milliards! Et l’énorme surcoût n‘est pas dû, quoi qu’en dise l’exploitant, aux seuls effets “consoles” qui devaient être payées par le sous-traitant fautif et aux mesures post Fukushima…

epr

Combien en 2016 ? Combien devra-t-on payer le kWh produit par ce type de réacteur? 3 fois plus cher que prévu?
Que peut signifier, dans ces conditions, de continuer la construction d’un prototype qui n’aura pas de suite? Arrêtons les frais dès maintenant !

Le Gouvernement HOLLANDE/ AYRAULT a annoncé qu’il réduirait la part du nucléaire dans la production d’électricité de 75 À 50 % d’ici 2025. Actuellement, aucun signe n’est donné dans ce sens, au contraire :

  • L’arrêt des vieux réacteurs de Fessenheim, annoncé pour fin 2016, au moment de la mise en marche prévue pour l’EPR  ne mène pas sur le chemin de la réduction annoncée.
     
  • Certains écologistes, associatifs comme politiques, se sont félicités de cette décision refusant de voir les évidences et l’envers du décor, au risque de laisser accréditer l’idée que leurs dirigeants semblent plus soucieux de leur avenir institutionnel que de leurs convictions d’origine et de celles de leurs sympathisants.
  • La construction des couloirs de lignes Cotentin Maine continue dans le passage en force et policier que l’on sait.
     
  • On ne connaît toujours pas, malgré nos demandes réitérées, en Commission Locale d’Information ( CLI), quel type de combustible serait utilisé dans l’EPR ! MOX, ou uranium plus enrichi avec gainage “dopé” au chrome ou uranium classique comme à OLKILUITO ?
     
  • Est-ce un début de réponse? Au cours de l’été, François HOLLANDE est intervenu pour accélérer l’extension et le pillage par AREVA, des mines d’uranium du NIGER au détriment de l’environnement et notamment des pasteurs nomades Touaregs. C’est ainsi que se perpétue la pseudo indépendance énergétique de la France, grâce au nucléaire , et le colonialisme le plus traditionnel.
     
  • Cerise sur le gâteau nucléaire, le gouvernement vient de lancer un nouveau débat sur la transition énergétique sous la houlette de pro-nucléaires notoires, selon la bonne vieille tactique pourtant très usée du “ Cause toujours, les choses sont déjà décidées !”

Dans le grand Ouest, comme aux niveaux national et international, ce n’est même pas, le “statu quo”. Pour ce gouvernement, le changement, ce n’est pas pour maintenant ! Se perpétue le développement d’un modèle énergétique à hauts risques environnementaux et sanitaires, centralisateur, autoritaire, brutal. Il nous contraint, plus que jamais depuis la catastrophe de Fukushima , toujours en cours, aux actions continuelles de harcèlement et/ou de masse. IL nous faut continuer les luttes. Les victoires à venir dépendent d’abord de nous et de notre mobilisation, et non d’institutions d’État, corrompues par la pieuvre nucléaire.

CLI Flamanville

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Mar 07 2012

Sous-traitance nucléaire, ma zone contrôlée…va mal !

Les centrales nucléaires en France sont sous traitées à 80 %.
“J’ai accepté de rester 20 heures dans le bâtiment sans en sortir” témoigne un salarié de la sous-traitance. Consciencieux dans leur travail, ils ne comptent pas les heures et sont exposés aux radiations au-delà des doses autorisées. Leurs conditions de travail sont loin de s’aligner sur celles des agents EDF.

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Fév 16 2012

Nucléaire, explosion des prix !

A la lumière du rapport de la Cour des Comptes qui vient de paraître, on découvre l’étendue de la facture nucléaire, rapport encore bien éloigné de la réalité.

227,8 milliards d’euros, c’est le chiffre annoncé par la Cour des Comptes dans un rapport accablant concernant les investissements dans l’électricité nucléaire en France, ajoutant qu’il reste de grosses zones d’incertitude. lien

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Jan 31 2012

Rapport 2012 sur les coûts de la filière électronucléaire en France

Michèle Rivasi, député européenne : «Ce rapport démontre que l'éolien est compétitif »

Michèle Rivasi, député européenne, réagit à la publication du rapport de la Cour des comptes sur le nucléaire.

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Déc 13 2011

Areva: l’ardoise d’une gestion désastreuse

La façon dont le ministre de l'industrie, Eric Besson, a commencé, dès dimanche, à préparer les esprits prouvait à elle seule le côté brûlant du sujet. Le groupe Areva, le joyau nucléaire français dont l'Etat est actionnaire à 87%, est en difficulté, reconnaissait-il. Aimable euphémisme.

Lundi, à l'issue d'un conseil de surveillance, le groupe nucléaire a dévoilé l'ampleur de la catastrophe : il va enregistrer une perte de 1,4 à 1,6 milliard d'euros en 2011.

L'essentiel de ces pertes est lié à des dépréciations d'actifs. Areva efface 2,4 milliards d'euros de valeur, dont 1,4 milliard pour le rachat d'UraMin, la société d'uranium canadienne reprise en 2007. 1.500 emplois doivent être supprimés en Allemagne mais plus de 1.200 disparaîtront aussi en France, par non-remplacement de départs en retraite, contrairement aux demandes du gouvernement. Compte tenu de sa dégradation financière, le groupe public prévoit de réaliser un plan d'économie de 1 milliard d'euros par an jusqu'en 2015. Mais il devra sans doute être recapitalisé au moins à hauteur de 1 milliard. Pour pallier l'impécuniosité de l'Etat, EDF risque d'être sollicité.

Comment le groupe public a-t-il pu en arriver là ? L'argumentaire a déjà été préparé : l'accident de Fukushima serait la principale cause. Le choc créé par le cataclysme nucléaire au Japon a coupé les ailes au renouveau tant espéré de l'énergie nucléaire dans le monde. Tous les projets d'expansion du groupe sont à revoir. L'Allemagne a déjà décidé de fermer toutes ses centrales : d'où la suppression imposée de 1.000 emplois dans ce pays, faute de débouchés. Après Fukushima, Areva a perdu l'essentiel de son activité commerciale au Japon. Huit réacteurs ont été fermés et personne ne sait s'ils repartiront un jour. Le groupe nucléaire a donc perdu des clients pour son MOX, le combustible qui a mis le parti socialiste en fusion lors de son accord avec EELV.

Cet effondrement industriel et commercial sans précédent justifie une réflexion profonde sur la nature d'Areva et une révision forte de tous les projets du groupe et de sa dimension pour s'adapter à un avenir qui risque d'être de moins en moins nucléaire. Mais ce constat n'explique pas à lui seul une telle déconfiture financière.

Luc Oursel.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Luc Oursel.© Reuters

Car ce que le groupe solde aujourd'hui, ce ne sont pas ses rêves d'expansion détruits dans l'explosion de Fukushima mais ses erreurs de gestion passées. La tactique du successeur chargeant au maximum la barque de son prédécesseur, pour mieux être libéré du passé, est à l'œuvre, ne vont pas manquer d'avancer les défenseurs d'Anne Lauvergeon, qui a trouvé refuge au conseil de surveillance du quotidien Libération. C'est incontestablement le cas. Luc Oursel qui a pris la présidence du directoire en juin a certainement envie de se redonner un peu d'oxygène.

Dans son cas, l'opération vérité est cependant à double tranchant. Car il est dans le groupe depuis dix ans, au comité exécutif depuis trois ans. Il était chargé de la surveillance industrielle du calamiteux chantier finlandais de l'EPR. Il a sa part de responsabilité dans ce qui s'est fait auparavant.

Mais le bilan de la folle gestion d'Areva ne pouvait plus être tu. Le groupe public est depuis des mois sous la pression des agences de notation qui menacent de le dégrader jusqu'en catégorie « junk bonds ». Les banques, une à une, se retirent du jeu, laissant l'Etat seul assumer la suite. Pour finir, une mission d'enquête de la commission des finances, que le député UMP Camille de Rocca-Serra s'est empressé de quitter, a commencé depuis juin à se plonger dans les comptes et les errements du groupe public et a rendu un premier rapport d'étape des plus alarmistes en octobre.

Le rapport final devrait remis fin janvier. Avant même ses conclusions, beaucoup s'alarment.

Un EPR à 6,6 milliards d'euros

Mille alertes ont été lancées depuis des années sur les dérives financières et industrielles d'Areva. Tout a été enterré, masqué par la communication dispendieuse mais redoutable d'Anne Lauvergeon, patronne atomique en butte, à l'en croire, à des complots redoutables  d'ennemis industriels et politiques ne visant qu'à sa défaite. Aujourd'hui, Anne Lauvergeon est partie. Les livres de compte s'ouvrent et les additions se font.

Il y a d'abord l'EPR. Après des années de déni, Areva a dû reconnaître que le chantier finlandais du réacteur nucléaire de troisième génération était un gouffre financier. Défauts de conception, pertes de main-d'œuvre qualifiée, sous-estimation des difficultés, insuffisance des suivis du chantier, problèmes avec le régulateur finlandais, retards en tout genre… La centrale qui devait être achevée en 2009 ne le sera peut-être même pas à la fin 2013 (voir notre enquête sur un fiasco industriel).

Le groupe a déjà provisionné plus de 2 milliards d'euros, ces dernières années. Le conseil de surveillance a décidé de rajouter 150 millions d'euros cette fois-ci encore. « L'EPR finlandais va coûter 6,6 milliards au lieu de 3 milliards», dit le député PS Marc Goua qui conduit la mission d'enquête de la commission des finances. Pour l'instant, le groupe nucléaire assume seul le surcoût, Siemens ayant quitté le navire. En espérant que le réacteur fonctionne bien après sa mise en marche car Areva s'est aussi engagé sur une puissance produite.

Pour le groupe nucléaire, ces déboires étaient inhérents à une tête de série. L'ennui est que l'EPR de Flamanville rencontre des difficultés à peu près comparables et a déjà trois ans de retard. Seuls les chantiers chinois se déroulent normalement. Mais de l'avis de tous, « les méthodes chinoises, tant sociales qu'industrielles, ne sont pas du tout transposables en Occident ». Pour ressortir à un prix acceptable, Areva espère abaisser ses coûts de 20 à 25%. Mais derrière ces objectifs affichés, plus personne n'y croit vraiment. Fukushima risque d'avoir enterré les perspectives de développement nucléaire. Et l'EPR apparaît de plus en plus comme un éléphant blanc, comme l'histoire industrielle en compte tant.

Passé le dossier de l'EPR, en voici un autre: quelles circonstances atténuantes va-t-on pouvoir avancer sur le rachat d'UraMin ? Après avoir déjà passé une provision de 426 millions d'euros en 2010, Areva va passer une nouvelle dépréciation de 1,5 milliard à la fin de l'année. Ainsi, d'une acquisition qui a coûté au total plus de 2,2 milliards d'euros, il ne va rester qu'à peine 400 millions inscrits au bilan : 80% de la valeur de la société rachetée en 2007 va être effacée. Il faut remonter à la bulle internet pour retrouver une telle destruction de valeur.

La mission d'enquête parlementaire a commencé à se pencher sur cette étrange acquisition « On ne peut pas dire que Bercy nous a facilité la tâche. Il a fallu l'intervention de Jérôme Cahuzac, président de la commission des finances, pour avoir enfin l'accès aux documents en septembre », raconte Marc Goua.

Le ministère des finances n'a peut-être pas envie de s'attarder sur ce dossier où tout dérange (voir notre enquête : UraMin, l'autre dossier qu'Areva voudrait oublier). Profitant de la vacance du pouvoir entre les deux tours de l'élection présidentielle de 2007, Anne Lauvergeon s'est lancée dans le rachat d'une société minière au cours boursouflé, au sommet de la bulle spéculative sur l'uranium, sans prendre la moindre règle de prudence. 

Aucun examen approfondi des gisements, comme le veut la tradition minière, n'a été effectué avant le rachat. Le groupe le reconnaît lui-même dans son communiqué, en expliquant la dépréciation des actifs notamment par la faiblesse des teneurs en minerai de certains gisements. En clair, il n'y a rien d'exploitable. Aucune étude juridique précise, fiable, ne semble avoir été conduite auparavant : Areva a dû racheter par la suite des droits d'exploitation des mines qu'elle n'avait pas. Tout est à l'avenant.

Une chaîne de responsabilité défaillante de bout en bout

Anne Lauvergeon.© Reuters

Anne Lauvergeon.

Près de deux milliards d'euros de pertes d'argent public, des milliers d'emploi supprimés  justifient, surtout au moment où l'on ne cesse de parler des fraudeurs sociaux, quelques questions. Car dans cette opération, la chaîne de responsabilité semble avoir été défaillante de bout en bout.

« Si des comptes doivent être demandés, c'est certainement à Anne Lauvergeon (l'ex-présidente d'Areva), mais certainement aussi aux responsables politiques qui, à l'époque, ont donné leur accord à un investissement très onéreux, payé dans un paradis fiscal et dont on s'aperçoit aujourd'hui qu'il ne vaut plus rien », a affirmé Jérôme Cahuzac, président de la commission des finances de l'Assemblée nationale dimanche.

Les silences dans cette affaire sont en effet éloquents, et pas seulement parce que le nucléaire est un domaine régalien. Comment l'Agence de participations de l'Etat (APE), qui représente l'Etat comme actionnaire principal, a-t-elle pu cautionner sans y regarder de plus près une telle acquisition ?

Une première note de l'APE souligne bien les risques et incite à la prudence. Mais quelques semaines après, l'Agence a radicalement changé d'avis et donne son feu vert à l'opération. Dans la marge, une mention manuscrite relève une « belle victoire industrielle de la France ».

Ainsi, à aucun moment, cet organisme censé veiller sur les intérêts publics ne se posera la question des cours surévalués, de l'absence d'audit minier, de l'absence de la moindre exploitation ou réalisation industrielle. Il ne s'interrogera même pas sur le fait que cette société canadienne n'a pas dix-huit mois d'existence et est logée aux îles Vierges britanniques. Et il fermera les yeux sur le fait qu'Areva paiera son rachat dans les paradis fiscaux, ce qui est tout de même inhabituel pour un groupe public. Le ministère des finances, sous la tutelle à l'époque de Christine Lagarde, ne sera pas plus ému par la situation.

Que dire aussi des conseils d'Areva ? La banque Rothschild et des juristes ont supervisé l'acquisition et ont été payés pour cela. Comment ont-ils pu oublier les principes de base ? Des opérations de rachat se mènent après des audits financiers et industriels. Des sécurités juridiques sont imposées à toutes les étapes. Là, rien de tel : pas une expertise minière, pas une vérification juridique. Les banquiers d'affaires ne semblent même pas avoir vu la surévaluation manifeste de la société, des mouvements suspects boursiers qui fleurent bon le délit d'initiés. Autant de signes qui, normalement, conduisent à recommander l'abstention.

Mais le silence a continué. Les commissaires aux comptes, qui approuvent les comptes, auraient normalement dû demander une dépréciation d'UraMin dès la fin de 2007, ne serait-ce que, comme le veulent les règles comptables, pour acter la chute des cours de l'uranium qui s'étaient effondrés depuis l'acquisition. Ils se sont tus et ont approuvé les comptes sans émettre la moindre réserve. Par la suite, René Ricol, dépêché par l'Elysée et le conseil pour faire un état de la situation d'Areva, se montrera tout aussi prudent. Certes, l'acquisition avait été surpayée mais les mines d'uranium sont des actifs sûrs qui finiraient par retrouver leur valeur, était-il dit. Une dépréciation de 400 millions d'euros suffirait pour couvrir le tout. Cette politique de l'édredon visait-elle seulement à ne pas porter ombrage à Anne Lauvergeon, les auditeurs n'osant pas l'affronter, ou à ne pas trop attirer l'attention sur cette opération ?

Et puis, il y a le conseil de surveillance d'Areva. Lui non plus, dans la bonne tradition française, n'a rien vu ou voulu voir. Est-ce parce le président de l'APE, Bruno Bezard, y siégeait comme administrateur représentant l'Etat et qu'il n'a pas voulu se déjuger ? « C'est l'habitude de l'administration qui, désormais, considère que l'Etat est par nature disqualifié pour parler et qu'il faut laisser faire le privé », soupire un observateur.

Mais il y avait tous les autres administrateurs, notamment Jean-Cyril Spinetta, nommé spécialement par l'Elysée comme président du conseil de surveillance pour veiller sur les intérêts d'Areva et de l'Etat. Tous ont accepté de valider sans sourciller les comptes et les explications d'Anne Lauvergeon. Aujourd'hui, le conseil de surveillance a annoncé que trois de ses membres indépendants allaient constituer un «comité pour enquêter sur les conditions d'acquisition et d'exploitation d'UraMin ». Il est temps de rappeler que les administrateurs ne sont pas seulement là pour encaisser des jetons de présence mais ont aussi des responsabilités.

Manifestement, l'enquête parlementaire sur UraMin dérange. Et tout le monde commence à essayer de se dédouaner. Car au fur et à mesure que les éléments s'assemblent, il apparaît que tout ne peut pas seulement être la faute à «pas de chance», à la bulle sur les matières premières, à la spéculation boursière, dont auraient profité les seuls actionnaires d'UraMin en procédant à sa vente. Des informations arrivent, par la presse namibienne notamment, de voyages de représentants français, de disputes aussi entre membres du gouvernement du pays autour des mines rachetées par Areva. « Il y a de nombreux éléments dérangeants dans ce dossier. Je ne vois pas comment la justice ne pourra pas être saisie », pronostique un banquier.

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Déc 11 2011

Le nucléaire ne paie plus pour Areva

La catastrophe de Fukushima a atomisé les ambitions d’Areva. Le fleuron de l’industrie nucléaire française va annoncer des pertes “vraisemblablement importantes”, selon le ministre de l’Industrie, Eric Besson, qui a confirmé du bout des lèvres, hier, des rumeurs insistantes.

Areva ne paie plusLuc Oursel, qui a pris la suite d’Anne Lauvergeon à la tête du groupe, à la fin de juin 2011, doit présenter son “plan d’orientation stratégique” aujourd’hui, devant le conseil de surveillance puis aux représentants du personnel. Le patron du leader mondial du nucléaire, qui doit faire face au bouleversement provoqué depuis neuf mois par l’accident majeur de la centrale japonaise, a pour mission de redresser les finances d’Areva. Selon un document interne révélé par l’AFP fin novembre, les coûts de fonctionnement doivent être réduits de 750 millions d’euros d’ici à 2015, dont 500 d’ici à 2013.

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